Ubuntu 20.10 : le paradoxe d’une distribution à la fois moderne et statique

La bêta d’Ubuntu 20.10 vient de sortir. Elle apporte son lot d’améliorations ainsi qu’une nouvelle vague d’optimisations, en plus d’éléments d’interface longtemps désirés. Pourtant, on ne peut s’empêcher de penser que la distribution semble faire, en quelque sorte, du surplace.

Groovy Gorilla, le nom de code d’Ubuntu 20.10, est attendue pour le 22 octobre prochain. Les développeurs sont actuellement en train de la finaliser, sa bêta a été mise en ligne il y a quelques jours. Canonical n’étant pas connu pour ses retards, on peut tabler sur une publication en temps et en heure.

Après une version 20.04 LTS (Long Term Support), la 20.10 est moins attendue. Elle ne bénéficiera en effet pas du support de cinq ans de ces éditions qui ne sortent que tous les deux ans. Ubuntu étant une distribution semestrielle, les trois versions intermédiaires n’ont qu’un support de neuf mois : six pour courir jusqu’à l’édition suivante auxquels se rajoute une rallonge de trois mois pour laisser le temps de migrer.

Ce rythme particulier explique aussi pourquoi les versions LTS sont configurées par défaut pour ne se mettre à jour que vers d’autres LTS. Si vous désirez migrer vers la 20.10 depuis la 20.04, il faudra forcer la main du système.

Si vous attendez cependant de savoir ce que contient Groovy Gorilla pour migrer, soyez rassurés : Ubuntu 20.10 ne bouleversera pas vos habitudes. La distribution a beau partager avec Fedora un amour des dernières versions disponibles des composants, elle est nettement plus frileuse quand il s’agit d’activer ou non des technologies.

Pas question de bascule vers Btrfs ici, ou même encore de Wayland : le système de Canonical reste dans une optique d’évolution douce. D’ailleurs, Groovy bouge essentiellement à travers ses composants.

Télécharger la bêta d’Ubuntu 20.10 (64 bits uniquement)

GNOME 3.38 : l’essentiel des nouveautés

La plus grande partie des apports d’Ubuntu 20.10 provient de GNOME 3.38, sorti mi-septembre. Les améliorations y sont légion, et même si beaucoup sont « mineures », elles sont pour la plupart très utiles, certaines étant attendues depuis bien longtemps. Canonical y a d’ailleurs largement participé.

Comme déjà signalé dans notre article sur Fedora 33, c’est notamment le cas du bouton Redémarrer que l’on trouve enfin dans le menu Alimentation désormais. Autre ajout bienvenu, l’affichage des évènements directement sous le calendrier quand on clique sur la date en haut de l’écran. De même, on peut enfin épingler le pourcentage de batterie restante en haut à droite pour les ordinateurs portables dans Paramètres > Énergie.

La grille des applications, accessible depuis le menu général dans le dock, reçoit deux apports importants. D’une part, elle s’adapte maintenant beaucoup mieux à la taille de l’écran, plutôt que d’afficher des icônes tronquées. D’autre part, il est possible de réarranger les applications selon son bon vouloir, et plus uniquement l’ordre alphabétique imposé. C’est également vrai pour les sous-dossiers. Les vues Récentes et Toutes disparaissent.

Ubuntu 20.10 : le paradoxe d'une distribution à la fois moderne et statique

On trouve aussi un meilleur support pour les lecteurs d’empreintes digitales. Il s’agit d’un travail réalisé en bonne partie par Canonical, puis intégré pleinement dans GNOME 3.38, avec pour bénéfice d’être diffusé dans les autres distributions Linux l’utilisant, dont Fedora. Ajoutons le support des touchpads de haute précision dans Firefox 81.

Plus spécifique, Active Directory est maintenant pris en charge dans l’installeur Ubiquity. Les concernés peuvent donc paramétrer le compte distant dès le départ, sans pour autant remiser la création du compte local. L’ajout permet de fluidifier le processus en entreprise, quand la machine est destinée à rejoindre un parc.

L’outil de capture d’écran est entièrement remanié. La fenêtre qui s’affiche propose un choix classique : capture de l’écran entier, d’une fenêtre ou d’une sélection. On peut choisir d’afficher ou non le curseur (masqué par défaut) et paramétrer un délai avant capture, en secondes. Le résultat est enregistré en PNG dans Images par défaut.

L’un des changements les plus importants est sans conteste le support des noyaux OEM. Il permet, pour les constructeurs fournissant des machines sous Ubuntu, de diffuser de nouvelles versions spécialement conçues pour leurs ordinateurs, qui seront distribuées par le même processus de mise à jour que le noyau classique. Pour rappel, de nombreux constructeurs ont misé sur Ubuntu ces dernières années, comme Dell ou encore Lenovo.

Enfin, on note la correction du bug pénible qui entrainait parfois un flou sur le fond d’écran. Si vous avez testé la bêta dès sa disponibilité le 1

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octobre cependant, l’absence de fond d’écran dédié à Groovy Gorilla a pu vous surprendre. Même s’il est habituellement prêt à temps, il n’est cette fois apparu que cette semaine. Pour l’obtenir, il suffit d’effectuer une mise à jour. Ajoutons que deux fonds d’écran dynamiques sont également fournis, tous deux sur le thème de la forêt. Ils évoluent pour rappel en fonction de l’heure la journée.

Linux 5.8 et autres composants, performances

Les premières préversions d’Ubuntu 20.10 étaient logiquement basées sur la 20.04 et reprenaient son noyau 5.4. Avec la publication en mai de la 5.8, on pouvait se douter que Canonical l’utiliserait. Dont acte.

Comme toujours avec un noyau Linux, les améliorations étaient nombreuses : support préliminaire de l’USB 4.0, support des pilotes AMD Energy, du suivi de températures et de l’ACP Audio pour les Renoir d’AMD, d’AMDGPU TMZ (Trusted Memory Zone), des GPU Adreno 405/640/650 ou encore de Shadow Call Stack et Branch Target Identification pour ARM64. En clair, le noyau 5.8 a beaucoup apporté aux systèmes embarquant des CPU et/ou GPU AMD. En outre, le pilote gérant exFAT a lui aussi été amélioré.

Pour le reste des composants, on reste sur la liste habituelle, avec presque toujours les dernières versions disponibles. Sur ce point, Ubuntu partage avec Fedora la même philosophie, à ceci près que la distribution de Canonical intègre par défaut un nombre plus important d’applications.

Au sujet de la boutique Ubuntu Software, elle propose désormais une majorité de paquets sous forme de snaps. Ce n’est pas une surprise, mais ce point cristallise des tensions au sein de la communauté open source, car Canonical maitrise en grande partie la chaine permettant de faire fonctionner un snap sur une distribution. La bataille avec les flatpaks et installations classiques, que nous avions résumée, est donc loin d’être terminée.

Paquets AppImage, Snap et Flatpak : quels avantages, inconvénients et différences ?

On retrouve ainsi Firefox 81, Thunderbird 78.3.1, Rhythmbox 3.4.4, la suite LibreOffice 7.0.1.2 (donc la branche Fresh), Remmina 1.4.8 ou encore Transmission 3.0. Côté développement, on retrouve les suspects habituels : glibc 2.32, binutils 2.34, LLVM 11, Make 4.3, Boost 1.73, Golang 1.15, OpenJDK 11, Node.js 14, Erlang 23, GHC 8.8, Haskell Stackage 16 (LTS), Perl 5.32, Ruby on Rails 6.0 ou Python 3.9 (qui vient de sortir).

En ce qui concerne les performances, on est à nouveau sur un très bon cru. Ubuntu, depuis deux versions particulièrement, était déjà très réactive, grâce à plusieurs séries d’optimisations réalisées à la fois dans le système et dans GNOME, souvent en partenariat avec Canonical d’ailleurs pour ce dernier.

L’édition 20.10 remet le couvert et est au moins aussi rapide que l’actuelle 20.04.

Des nouveautés, mais…

Que peut-on dire de cette Ubuntu 20.10 ? Que les aficionados de la distribution en seront probablement satisfaits, si les développeurs règlent les défauts actuels. Car cette bêta présente certaines instabilités.

Par exemple, après une dernière série de mises à jour, le plantage quasi systématique d’Agenda au démarrage. Un envoi de rapport d’erreur et une relance de l’application passent le problème. Des soucis de traduction incomplète sont également à régler, notamment dans la liste d’évènements du centre de notification ou le menu Alimentation.

Cette mouture 20.10 sera probablement considérée comme réussie par beaucoup. Sa réactivité et les apports de GNOME 3.38 ont de quoi ravir. Les améliorations sont suffisamment substantielles pour avoir un impact quotidien et, après tout, c’est surtout ce que l’on demande à un OS. En dehors d’une bonne fiabilité bien sûr.

D’autres, à y regarder de plus près, trouveront que Canonical se repose un peu sur ses lauriers. Certes le système évolue, certes il est plus rapide, mais on ne peut pas rater un certain manque d’ambition. Depuis plusieurs versions, l’ensemble est statique et les améliorations se font à la marge.

C’est particulièrement vrai pour le socle technologique. En dépit de versions très récentes des composants et applications, Ubuntu renforce une impression de frilosité face à des technologies comme Wayland. La distribution la plus utilisée sur « desktop » prend son temps, et n’intègre toujours pas de services aussi importants que la réinitialisation du système, permettant d’éviter le téléchargement d’une image ISO et une réinstallation complète.

Canonical est probablement aujourd’hui moins intéressée par le desktop. L’entreprise se focalisant depuis un moment ses efforts sur le marché des entreprises, les serveurs et surtout le monde des objets connectés, où ses snaps revêtent une importance stratégique. La situation évoluera sans doute si la couronne d’Ubuntu est contestée, mais, en attendant, cette mouture 20.10 fera son lot d’heureux.

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