Petit guide pour parler techno, avec les jeunes, aussi bien que Guetta

TECHNOLa techno est le terme qui englobe toutes les musiques électroniques. Il décrit plus particulièrement la musique électronique originaire de Detroit, aux États-Unis. Même si le groupe pionnier du genre est allemand, Kraftwerk, c’est à Detroit que s’est démocratisée la techno au milieu des années 80. La house music, plus mélodique et vocale, trouve ses origines, elle, à Chicago. La techno est plus industrielle, moins mélodique, plus centrée sur le rythme.

RAVENom donné aux fêtes aux cours desquelles sont jouées les musiques électro. Les premières raves étaient illégales et se déroulaient dans la nature ou dans des entrepôts désaffectés. Contrairement aux idées reçues, le terme est bien antérieur à la musique électronique. On en trouve des traces à Londres, à la fin des années 50, pour décrire des « rassemblements bohémiens sauvages ». La première utilisation du mot dans un cadre de musique électronique est due à sir Paul McCartney, lors de la présentation de son carnival of light dans le cadre du Million Volt Light and Sound Rave, en janvier 1967. Il y a cinquante ans.

DJEn 2017, tout le monde est DJ. Avec l’informatique, il devient facile, techniquement, de jouer de la musique, d’enchaîner les morceaux. La différence se fait sur le choix de la playlist. Le DJaying comme nous la connaissons est une activité qui est apparue à la fin des années 70 aux États-Unis, avec la naissance des discothèques. À l’époque, les DJ passaient les morceaux les uns après les autres, mais respectaient une certaine histoire à raconter pour garder les danseurs dans le rythme. C’est avec l’apparition du hip hop que les DJ se sont mis à mixer les disques, faisant en sorte qu’aucun blanc n’apparaisse entre les morceaux. Par blanc, il est entendu silence. Aujourd’hui, les logiciels prennent en charge cette partie, enlevant beaucoup de ce qui fait la force d’un DJ. Comme pour les DJ hip hop, la plupart des pionniers de la techno étaient des Afro-Américains.

CDJCréé en 1994 par Pioneer, le CDJ (assemblage de CD et DJ) est une platine de lecture de CD. Il va révolutionner le métier en permettant aux DJ de changer la vitesse de lecture des disques, de les scratcher, donc de leur faire subir le même sort réservé jadis aux vinyles. Comme pour les téléphones de la marque à la pomme, les sorties des nouveaux CDJ, tous les 2 ans à peu près, sont très attendues par les utilisateurs. On peut maintenant les connecter entre elles, y jouer à partir de clés USB, d’ordinateurs et de CDs. Jeff Mills, lors de son passage à Beyrouth, jouait parfois avec les 4 platines en même temps, arrivant à leur imposer le même rythme tout en y ajoutant des effets.

BPMLe beat per minute, ou battement par minute, est l’unité de mesure de la musique électronique. Le BPM en définit le genre et évidemment la rapidité. Pour le calculer et impressionner les jeunes, il suffit de compter le nombre de battements sur 30 secondes puis de multiplier par 2 pour avoir la minute. Pour info, le tango est à 50-56 BPM, alors que la techno hardcore peut aller au-delà de 220 BPM, ce qui n’est pas humain, nous le concédons.

BEATMATCHLe beatmatch est ce qui permet de faire la différence entre le bon et le mauvais DJ. Quand un DJ ne sait pas beatmatcher, l’impression d’entendre des chevaux au galop peut dérouter les danseurs. Il est donc important de maîtriser les techniques qui permettent de faire fondre ensemble deux morceaux, d’abord les uns à la suite des autres puis, en cas de maîtrise totale, de jouer des morceaux ensemble. Greg Boust, le légendaire DJ du Baron à Paris, est connu pour avoir inventé un style très parisien de collage de morceaux aux beats très différents, passant de la pop au tango, de la valse à la techno, sans que le danseur n’en soit gêné, uniquement en jouant sur les vitesses et les effets. Aujourd’hui, le beatmatch est pris en charge par les ordinateurs, rendant la technique accessible à tout le monde.

BACK TO BACKLe back to back est un terme utilisé pour décrire un DJ set réalisé par 2 artistes différents. Il est de plus en plus fréquent car il permet de programmer plusieurs artistes renommés, et les DJ peuvent accepter de jouer plus longtemps. Il est aussi un moyen pour les artistes de se challenger et de travailler leur créativité, découvrant en même temps que les danseurs ce que l’autre DJ va jouer. Il est préférable que les DJ se connaissent et s’apprécient pour que le set ait de la consistance. Il faut éviter que le style général soit brouillé et que ça « parte dans tous les sens ».

REMIXLe remix est un élément de base de la musique électronique. Il correspond à la relecture personnelle d’un morceau existant, pour le changer et lui donner une autre personnalité. Il diffère de la simple reprise ou adaptation, que les chanteurs français pratiquaient de manière industrielle dans les années 60-70. Il est aussi différent des version dub, sans paroles, ou maxi 45T qui ne sont que des versions longues. Le remix permet de rendre dansants des morceaux qui ne le sont pas, il permet de rendre « branchée » une chanson qui ne l’est pas, il permet enfin à celui qui le réalise d’avoir l’opportunité de gagner beaucoup d’argent si son remix d’une chanson pop rencontre le succès, comme I Follow Rivers de Lykke Li, remixée par The Magician et devenue un hymne mondial en 2011-2012.

DEEP HOUSETerme aujourd’hui fourre-tout qui permet à tout venant de faire des special requests à un DJ, tout en se faisant passer pour un « connoisseur ». Discog, site spécialisé dans la musique électronique, livre la définition suivante : «La Deep House est un style de house musique qui fusionne les éléments de House de Chicago, de jazz-funk et de techno de Detroit. Ses caractéristiques sonores incluent des BPM plus lents, moins de paroles, des émotions plus sombres, des influences jazz et des mélodies dissonantes. Par nature, la Deep House est une musique underground, se démarquant du Garage House qui, lui, est plus disco. » Une définition à apprendre par cœur et à ressortir à un dîner, pour en ressortir adulé.

EDMLes États-Unis ont tendance à tout vouloir simplifier. Pour que le redneck de base puisse participer à l’orgie mondiale que son pays essaye d’imposer ? Quoi qu’il en soit, la techno est devenue l’EDM, l’Electronic Dance Music. Et c’est le genre de musique électronique le plus bas de gamme, bas du front, bas les pattes qui existe. C’est évidemment dans ce genre qu’évoluent les DJ stars, les millions de dollars, les stades pleins et le niveau 0 de la créativité. David Guetta, Steve Aoki, Avicci en sont les représentants principaux.

DAVID GUETTAAvec un demi-frère journaliste spécialisé en géopolitique, un papa sociologue et une maman psychothérapeute, David Guetta est un exemple marquant de l’évolution du statut du DJ. Il débute à 15 ans à Paris au Broad (où Florent Pagny était barman) en compagnie de Kien, qui avait lancé les soirées PC à Beyrouth au début des années 2010. Les deux y organisent les premières soirées acid house, et au début des années 90, devant le succès grandissant, prennent en charge les Folies Pigalle, l’ouverture du Queen et des soirées au Bataclan. Guetta remplace Kien par Cathy et ne cesse de grimper, prenant en charge des endroits de plus en plus grands, et devient un pionnier à Ibiza avec les soirées F…Me I’m Famous. Frustré artistiquement, il revend tous ses endroits pour se lancer dans la production musicale, aidé au début par un des deux Daft Punk. Il est aujourd’hui une superstar internationale, moquée dans son pays, mais respectée partout ailleurs parce que, comme le décrit son demi-frère, il est « bosseur, exigeant, cadré et très réfléchi ». Pour être DJ, comme pour le reste, il faut travailler et avoir du talent. Mais surtout travailler…

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